Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants

PARTIE 1

Article de Jean Hassenforder à propos du livre de Geneviève Patte Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants (Paris : Les Arènes – L’École des loisirs, 2015)[1].

DE RENCONTRE EN RENCONTRE. L’HISTOIRE DE LA FEMME QUI A FAIT LIRE DES MILLIONS D’ENFANTS

« Mais qu’est ce qui les fait lire comme ça ? ». Oui, il y a bien chez les enfants une puissance de vie qui s’exprime en terme d’exploration, de découverte et d’émerveillement. Et c’est pourquoi on doit tout simplement faciliter ce mouvement, laisser passer et encourager ce courant de vie. « Laissez les lire ! »[2] nous disait Geneviève Patte à travers le titre d’un livre précédent. Et, dans celui-ci, elle réitère ce message : « Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? » [3].

Comme Maria Montessori dans un autre contexte[4], c’est la reconnaissance de la puissance de vie qui s’exprime dans l’enfant. La communion intuitive et l’écoute nous permettent d’entrer dans cette réalité. L’observation et la réflexion nous aident à en saisir la pleine dimension. Et, pour tout cela, la relation est première. On peut redire ici les mots du philosophe Martin Buber : « Au commencement était la relation »[5]. En toute chose, mais combien cela est vrai ici… Et cette dynamique relationnelle apparaît comme première dans l’histoire de vie de Geneviève Patte telle qu’elle nous la présente dans ce livre. Cette histoire se déroule de rencontre en rencontre.

UNE FAMILLE OUVERTE AUX AUTRES, OUVERTE A L’ETRANGER

Au départ, Geneviève nous parle de sa famille, une famille résistante durant l’occupation, une famille ouverte aux autres, ouverte à l’étranger. « J’étais bien petite, mais je me rappelle la période de l’Exode à Poitiers. La famille était accueillante. Tous les soirs, en mai-juin 1940, mes frères et sœurs ainés se rendaient à la gare pour offrir l’hospitalité à ceux qui ne savaient pas où passer la nuit. J’aimais alors les grandes tablées du matin où chacun se restaurait avant de reprendre la route… » (p. 17).

Ouverture aux autres, ouverture aux livres. « Je suis née et j’ai grandi dans une maison remplie de livres. Mes parents lisaient beaucoup et prenaient le temps de nous lire et de nous raconter des histoires. Il me suffisait d’aller frapper à la porte du bureau de mon père pour qu’il interrompe ses recherches de paléontologie et m’accorde du temps. Il sortait alors du tiroir de sa table de travail quelques albums délicieux dont il me faisait lecture… Ces livres m’ont laissé une forte impression… » (p. 13).

Au lycée, Geneviève a fréquenté « les classes nouvelles », créées à la Libération dans un état d’esprit pionnier. « On y privilégiait le travail en équipe, l’autodiscipline et les enquêtes dans la ville pour l’étude du milieu » (p. 21).

Bref, cet environnement familial et scolaire a été un point de départ privilégié pour l’itinéraire pionnier de Geneviève Patte dans la création de « la Joie par les Livres » et la promotion des bibliothèques pour enfants.

DES RENCONTRES FONDATRICES, DE « L’HEURE JOYEUSE » A « LA JOIE PAR LES LIVRES »

Mais cet avenir n’était pas écrit d’avance ! Il est advenu à travers des rencontres fondatrices.

La première a été la découverte de « l’Heure joyeuse », une bibliothèque d’avant garde créée à Paris dans l’entre deux guerres à la suite des innovations américaines dans le domaine de la lecture enfantine. « A travers les fenêtres éclairées, je voyais un spectacle qui m’enchantait. Des enfants circulaient librement dans un monde de livres. Certains semblaient accaparés par leurs lectures. D’autres consultaient les fichiers. J’avais remarqué aussi la présence discrète et attentive de deux femmes. Elles conversaient en tête-à-tête avec des enfants. Tout cela me paraissait inhabituel. J’étais émerveillée… » (p. 23). Geneviève nous introduit ensuite dans la vie de cette bibliothèque exceptionnelle. Et c’est là qu’elle a pris la décision de devenir bibliothécaire.

Quelques années plus tard, ce fut le début d’une aventure internationale qui allait se poursuivre ensuite tout au long de cette histoire de vie. Geneviève Patte effectue un stage à la Bibliothèque Internationale pour la Jeunesse à Munich. Et puis, dans cette ouverture d’esprit qui est la sienne, elle se laisse interpeller par l’idée de se rendre aux Etats-Unis où les bibliothèques pour enfants sont florissantes. « C’est une décision difficile. A cette époque, New-York est une ville lointaine. On n’y va pas en quelques heures. Le voyage est une véritable aventure… Finalement, je me laisse convaincre. Par chance, à Poitiers, je rencontre un couple américain particulièrement ouvert… » (p. 43). Ces amis vont l’aider à réaliser ce voyage. Geneviève obtient une bourse Fulbright et travaille  à la « New York Public Library ».

LA LIBERTE POUR CREER

De retour en France, une autre rencontre va ouvrir à Geneviève un champ pionnier : la création et le développement de la bibliothèque : « La Joie par les Livres » à Clamart. C’est la rencontre avec Anne Schlumberger, la mécène de l’association, qui va permettre cette réalisation. « Qui donc est la femme généreuse qui permet cette aventure ? Elle s’appelle Anne Gruner Schlumberger. Elle appartient à une famille de grands industriels protestants d’Alsace, mais aussi d’hommes de lettres et de découvreurs de génie. Sa famille est bien connue dans le monde entier pour ses actions de mécénat exceptionnelles de générosité et d’intelligence… Cependant, sa volonté d’offrir une bibliothèque d’exception à l’intention des enfants et des familles suscite de fortes réticences en France, dans le monde des bibliothèques… Pourtant, pour Anne Schlumberger, il ne s’agit pas d’un coup de tête. C’est une décision longuement murie… » (pp. 68-69). Malgré les oppositions ambiantes, Geneviève et une petite équipe ont accepté d’entrer dans ce qui a été au départ une aventure, une manifestation extraordinaire de créativité. « Fallait-il donc que nous ayons un courage à toute épreuve ou une incroyable naïveté pour nous lancer dans l’aventure de Clamart ? Nous devinions en fait que ce que nous offrait Anne Schlumberger était unique : la confiance et la liberté pour innover et pour rechercher l’excellence… D’emblée, j’ai aimé l’exigence et l’enthousiasme de la petite équipe. Nous étions liées par une conviction commune et nous aimions travailler ensemble… Anne nous a donné toute liberté pour mettre en place un projet qui ainsi a pu se développer  de manière naturelle, à la fois cohérente et solide… Notre désir était clair : révéler aux enfants ce que peut leur apporter une bibliothèque pensée pour eux, un lieu qui leur permette de connaître la joie de lire et de vivre là une part de leur enfance, d’en être en quelque sorte les acteurs ; tout cela dans un contexte de relations simples et naturelles avec des adultes… » (pp. 74-76). Geneviève nous décrit cette bibliothèque pionnière qui est devenue un lieu attirant et rayonnant.

à suivre


[1] Paru originellement dans le Blog “Vivre et espérer”, animé par Jean Hassenforder. http://vivreetesperer.com/de-rencontre-en-rencontre-lhistoire-de-la-femme-qui-a-fait-lire-des-millions-denfants/

[2] Patte (Geneviève). Laissez-les lire ! Mission lecture. Gallimard, 2012. Mise en perspective sur ce blog : « Laissez-les lire. Une dynamique relationnelle et éducative » : http://www.vivreetesperer.com/?p=523

[3] Patte (Geneviève). Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants. Les arènes. L’école des loisirs, 2015

[4] Montessori (Maria). L’enfant. Desclée de Brouwer, 1936. Maria Montessori met en lumière le potentiel de l’enfant et elle le décrit en terme « d’embryon spirituel ». Sur ce blog, l’article : « L’enfant, un être spirituel » : http://www.vivreetesperer.com/?p=340

Maria Montessori est une des grandes figures pionnières du courant de l’éducation nouvelle qui se poursuit aujourd’hui  dans d’autres formes. Sur ce blog : « Et si nous éduquions nos enfants à la joie ? Pour un printemps de l’éducation ! » : http://www.vivreetesperer.com/?p=1872

[5] « L’« essence » de la création dans l’Esprit est par conséquent la « collaboration » et les structures manifestent la présence de l’Esprit dans la mesure où elles font reconnaître l’« accord général ». « Au commencement était la relation (Martin Buber) » (Jürgen Moltmann, Dieu dans la création. Seuil, 1988 (p.25).


ENGLISH

PART 1

Article by Jean Hassenforder on Geneviève Patte’s book Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants (Paris : Les Arènes – L’École des loisirs, 2015)[1].

THE STORY OF GENEVIÈVE PATTE, WHO GOT MILLIONS OF CHILDREN TO READ

“But what makes them read like that?” Among children there is a living force that is expressed in terms of exploration, discovery, and amazement. This is why we should simply facilitate this desire, enabling it to emerge and then encouraging it. “Let them read!”[2] was the title of Geneviève Patte’s previous book.  In this one she asks, “But what makes them read like that?”[3]

As Maria Montessori said in another context,[4] a power of life is expressed in the child.  Intuitive communion and listening enable us to enter into this reality; observation and reflection help us to grasp its full dimension. For all that to happen, relation is primary. In the words of the philosopher Martin Buber: “In the beginning was the relation.”[5]  And this relational dynamic appears prime in the life story of Geneviève Patte, whose story unfolds from encounter to encounter.

A FAMILY OPEN TO OTHERS, OPEN TO STRANGERS

In the beginning, Geneviève speaks about her family who resisted during the Occupation, a family that was open to others, open to the stranger.  “I was quite young, but I remember the period of the exodus from Paris to Poitiers. Our family was welcoming.  Every evening in May and June of 1940, my older brothers and sisters went to the train station to offer hospitality to those who did not know where to spend the night.  At the time I loved the extended morning table where each person could have breakfast before continuing their road”(p.17).

Openness to others, openness to books.  “I was born and grew up in a household full of books. My parents read a lot and took the time to read to us and to tell us stories. It was enough for me to knock on the door of my father’s office for him to interrupt his research in paleontology and give me some of his time. He would take out of the drawers of his worktable some delicious illustrated book that he read to me. These books made a strong impression…”(p.13). 

In high school, Geneviève attended “new classes” of a pioneering spirit that were created after the Liberation.  “They privileged teamwork, self-discipline, and reports made in the city to ‘study the milieu’ (p.21)”. In short, this family and school environment were the privileged point of departure for Geneviève Patte’s pioneering itinerary in the creation of “Joy through Books” and the promotion of libraries for children.

FUNDAMENTAL ENCOUNTERS, FROM “L’HEURE JOYEUSE” TO “LA JOIE PAR LES LIVRES”

This future was not written in advance, but occurred through fundamental encounters!  The first was the discovery of “l’Heure Joyeuse”, an avant-garde library created in Paris between the wars that was influenced by American innovations in the realm of childhood reading. “Through lit windows, I saw a spectacle that enchanted me:  children circulated freely in a world of books; some seemed engrossed by their reading; others consulted file cards.  I also noticed the discrete and attentive presence of two women.  They spoke one-on-one with the children. All of this appeared unusual to me.  I marveled … “(p 23). This exceptional library made her take the decision to become a librarian.

A few years later began an international adventure that would be pursued throughout her life. Geneviève Patte received a scholarship to work at the International Youth Library in Munich.  And then she considered going to the United States, where libraries for children were flourishing. “This was a difficult decision. At the time, New York was a faraway city.  You did not go in a few hours; the voyage would be a real adventure… Finally, I let myself be convinced.  By chance, in Poitiers, I met an American couple that was particularly open-minded…” With these friends’ help, she obtained a Fulbright fellowship for two years to work at the New York Public Library.

FREE FOR CREATING

Returning to France, another meeting introduced Geneviève Patte to a pioneering field: the creation and development of the “Joy through Books” library in the Paris working-class suburb of Clamart. A meeting with Anne Schlumberger, who became the association’s patron, allowed her to realize this project.  “Who is the generous woman who enabled this adventure?  Her name is Anne Gruner Schlumberger. She belongs to a family of important Protestant industrialists, people of letters, and inventors from Alsace.  Her family is well-known throughout the world for its exceptionally intelligent and generous sponsorship… However, her desire to offer an exceptional library designed for children and families was viewed askance in the French library world…  Yet for Anne Schlumberger this was not a whim, but a carefully pondered decision … “ Despite the opposition, Geneviève and a small team agreed to launch what was at first an adventure, an extraordinary manifestation of creativity.  “Was it courage in the face of any ordeal or else incredible naivety for us to launch this enterprise?  We suspected in fact that what Anne Schlumberger was offering us was unique: the confidence and freedom to innovate and to search for excellence… From the start, I loved the high standards and enthusiasm of the small team. We were linked by a common conviction and we loved working together … Anne had given us total freedom to set up a project that was able to develop in a natural way, both coherent and solid…  Our goal was clear: to reveal to children what a library conceived for them could offer, a place that would let them know the joy of reading and experience a part of their childhood there, to be real actors in it – all in a context of simple and natural relations with adults.” Geneviève describes how this pioneering library became a magnetic and influential place.

(à suivre)


[1] Originally published in the Blog « vivre et esperer », hosted by Jean Hassenforder. http://vivreetesperer.com/de-rencontre-en-rencontre-lhistoire-de-la-femme-qui-a-fait-lire-des-millions-denfants/

[2] Geneviève Patte, “Laissez-les lire! Mission lecture” (Paris: Gallimard, 2012). See the blog http://www.vivreetesperer.com/?p=523

[3] Geneviève Patte, “Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants,” Les arènes. L’école des loisirs, 2015.

[4] Maria Montessori, The Discovery of the Child, Ballantine Books, 1986.

[5] The “essence” of creation in the Spirit is consequently “collaboration” and the structures manifest the presence of the Spirit inasmuch as they make us recognize the ‘general accord’. “In the beginning was the relation (Martin Buber)” in Jürgen Moltmann, God in Creation (Gifford Lectures 1984-5) Fortress Press, 1993.


ESPAÑOL

PARTE 1

Artículo de Jean Hassenforder à propósito del libro de Geneviève Patte Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants (Paris : Les Arènes – L’École des loisirs, 2015) [2]

DE ENCUENTRO EN ENCUENTRO. LA HISTORIA DE LA MUJER QUE HA HECHO LEER A MILLONES DE NIÑOS

¿Pero qué los hace leer así?  Sí, hay en los niños un poder de vida que se expresa en términos de exploración, descubrimiento y maravilla. Es por eso que debemos facilitar este movimiento, dejar que fluya y alentar esta corriente de vida. ¡Déjenlos leer![3] nos dijo Geneviève Patte a través del título de un libro anterior. En este que presentamos ella reitera este mensaje: ¿Pero qué los hace leer así?[4].

Al igual que María Montessori en otro contexto[5], también aquí se trata del reconocimiento de la fuerza de la vida que se expresa en el niño. La comunión intuitiva y la escucha nos permiten adentrarnos en esta realidad. La observación y la reflexión nos ayudan a captar su dimensión completa. Y por todo eso, la relación es lo primero. Aquí podemos repetir las palabras del filósofo Martin Buber: « Al principio era la relación »[6]. En todas las cosas, pero cuán cierto es aquí … Y esta dinámica relacional aparece como la primera en la historia de la vida de Geneviève Patte tal como la presenta en este libro. Esta historia ocurre de encuentro en encuentro.

UNA FAMILIA ABIERTA A LOS DEMÁS, ABIERTA AL EXTERIOR.

Inicialmente, Geneviève nos cuenta sobre su familia, una familia resistente durante la ocupación, una familia abierta a los demás, abierta al extranjero. « Era muy pequeña, pero recuerdo el período del éxodo en Poitiers[7]. La familia era solidaria. Cada noche, en mayo-junio de 1940, mis hermanos y hermanas mayores iban a la estación para ofrecer hospitalidad a aquellos que no sabían dónde pasar la noche. Recuerdo que me encantaban las largas mesas donde en la mañana cada uno retomaba fuerzas antes de seguir el camino … « (p. 17).

Apertura a los demás, apertura a los libros. “Nací y crecí en una casa llena de libros. Mis padres leían mucho y se tomaron el tiempo de leernos y de contarnos historias. Me bastaba con llamar a la puerta del estudio de mi padre para que interrumpiera su investigación de paleontología y me dedicara tiempo. Sacaba del cajón de su escritorio algunos álbumes deliciosos que me leía… Estos libros me dejaron huella… « (p. 13).

En la escuela secundaria, Geneviève asistió a « las nuevas clases », creadas después de la Liberación con un pensamiento pionero: « se privilegiaba el trabajo en equipo, la autodisciplina y en las pesquisas locales para un estudio del propio medio« (p 21).

En resumen, este entorno familiar y escolar fue un punto de partida privilegiado para el itinerario pionero de Geneviève Patte en la creación de « La Joie par les Livres » y la promoción de bibliotecas infantiles ¡Pero este futuro no estaba escrito de antemano! Fue llegando a través de encuentros fundadores.

ENCUENTROS FUNDADORES: DE «  L’HEURE JOYEUSE  » HASTA « LA JOIE PAR LES LIVRES « .

El primero fue el descubrimiento de « L’Heure Joyeuse« , una biblioteca vanguardista creada en París en el período de entreguerras como resultado de las innovaciones estadounidenses en el campo de la lectura infantil. « A través de claras ventanas vi una escena que me encantó. Los niños circulaban libremente en un mundo de libros, algunos parecían ocupados con sus lecturas, otros consultaban los ficheros. También noté la presencia discreta y atenta de dos mujeres. Conversaban cara a cara con los niños. Todo esto me parecía inusual. Estaba maravillada… « (p 23). Geneviève nos transporta a la vida de esta biblioteca excepcional donde tomó la decisión de convertirse en bibliotecaria.

Años más tarde, se trato del comienzo de una aventura internacional que luego continuaría a lo largo de su historia de vida. Geneviève Patte estaba haciendo una pasantía en la Biblioteca Internacional para la Juventud en Munich, de ahí, con  esta mentalidad abierta que es suya, le llega la idea de ir a los Estados Unidos donde florecían las bibliotecas para niños. « Era una decisión difícil. En esa época Nueva York era una ciudad distante, no se llegaba en unas horas. El viaje era una verdadera aventura… Finalmente, me dejé convencer. Por fortuna, en Poitiers, encontré un matrimonio de estadounidense…  « (p 43). Estos amigos la ayudaron a preparar este viaje. Geneviève obtiene una beca Fulbright y trabaja en la New York Public Library.

LA LIBERTAD DE CREAR

De vuelta en Francia, otro encuentro le permitirá a Geneviève abrir un camino pionero: la creación y el desarrollo de la biblioteca: «La Joie par les Livres» en Clamart. Fue el encuentro con Anne Schlumberger, la mecenas de esta asociación, la que permitirá este logro. « ¿Quién es la mujer generosa que permite esta aventura? Su nombre es Anne Gruner Schlumberger. Pertenece a una familia de grandes industriales protestantes de Alsacia, pero también de intelectuales e inventores de ingenio. Su familia es bien conocida en todo el mundo por sus acciones filantrópicas generosas y de gran inteligencia … Sin embargo, su deseo de ofrecer una biblioteca de excepción para niños y familias suscitaba fuertes reticencia en Francia, en el mundo de las bibliotecas … No obstante, para Anne Schlumberger no se trataba de una idea entre otras, sino de una decisión largamente pensada y madurada … « (p. 68-69). A pesar del medio adverso, Geneviève y un pequeño equipo aceptan entrar en lo que originalmente era una aventura, una extraordinaria manifestación de creatividad. « ¿Fue necesario entonces tener un coraje infalible o una ingenuidad increíble para embarcarnos en la aventura de Clamart? Intuíamos que lo que Anne Schlumberger nos ofrecía era único: confianza y libertad para innovar y para buscar la excelencia … Desde el principio aprecié la exigencia de calidad y el entusiasmo de nuestro pequeño grupo de trabajo. Estábamos unidos por una convicción común y nos gustaba trabajar juntos … Anne nos dio toda la libertad para establecer un proyecto que pudiera desarrollarse de manera natural, un proyecto solido y coherente … Nuestro deseo era claro: mostrar a los niños lo que puede ofrecerles una biblioteca pensada para ellos, un lugar que les permitiera conocer la alegría de leer y de vivir allí una parte de su infancia, de ser también ellos actores; todo esto en un contexto de relaciones simples y naturales con los adultos … « (p. 74-76). En su libro, Geneviève nos describe esta biblioteca pionera que se convirtió en un lugar cautivante y radiante. 

à suivre


[2] Este artículo apareció originalmente en el Blog “Vivre et esperer”, coordinado por el investigador francés Jean Hassenforder. http://vivreetesperer.com/de-rencontre-en-rencontre-lhistoire-de-la-femme-qui-a-fait-lire-des-millions-denfants/

[3] Patte (Geneviève). Laissez-les lire ! Mission lecture (Paris : Gallimard, 2012). Una puesta en perspectiva de este libro en: «  Laissez-les lire. Une dynamique relationnelle et éducative » : http://www.vivreetesperer.com/?p=523.

[4] Patte (Geneviève). Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants (Paris: Les arènes. L’école des loisirs, 2015).

[5] Montessori (Maria). L’enfant (Paris: Desclée de Brouwer, 1936).

María Montessori aclara sobre el potencial de los niños y lo describe en términos de « embrión espiritual ». Ver el artículo « L’enfant, un être spirituel » : http://www.vivreetesperer.com/?p=340. María Montessori es una de las figuras pioneras de la corriente de Nueva Educación que hoy se continua desarrollando en diferentes formas. Ver « Et si nous éduquions nos enfants à la joie ? Pour un printemps de l’éducation ! » : http://www.vivreetesperer.com/?p=1872

[6] « Au commencement était la relation (Martin Buber) » (Jürgen Moltmann, Dieu dans la création. Paris : Seuil, 1988), 25.

[7] Nota de traducción. El 14 de junio 1940 las tropas alemanas desfilaron en Paris; el 20 ya estaban en Brest, el 22 en La Rochelle, en Lyon… el gobierno se replegó en Bordeaux. Este movimiento se ha llamado el éxodo hacia el sur.

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Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants (suite)

PARTIE 2

Article de Jean Hassenforder à propos du livre de Geneviève Patte Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants (Paris : Les Arènes – L’École des loisirs, 2015)

CES HOMMES ET CES FEMMES AU CŒUR INTELLIGENT

L’influence de la « Joie par les livres » s’est manifestée tant en France qu’à l’étranger. Et là encore, des rencontres fécondes sont advenues. Geneviève nous raconte ainsi la visite de Joseph Wresinski qui a marqué le début d’une vraie collaboration avec ATD-Quart Monde (pp. 135-136). C’est aussi le dialogue heuristique qui s’engage avec le pédopsychiatre René Diatkine. « René Diatkine aimait rappeler l’apport des vraies rencontres. Ma rencontre avec lui a été déterminante… Nos intérêts  se sont rejoints autour d’un même souci : créer partout les conditions favorisant l’accès de tous à la lecture, en privilégiant ceux qui habituellement sont éloignés du monde de l’écrit  (p.180). « Chercheur et thérapeute, René Diatkine a enrichi considérablement nos pratiques, parce que les séminaires qu’il a animés à notre intention ont renforcé chez nous le goût de l’observation… Observez, écrivez, ne négligez pas les détails. Ils sont porteurs de sens… L’observation éclaire nos pratiques. Elle met au cœur de notre métier ce qui est fondamental : la médiation » (pp. 185-186).

« Avec Serge Boimare, revenir aux histoires qui ont traversé les âges » : voici une autre rencontre impressionnante. « Serge Boimare raconte comment des enfants refusant volontairement tout apprentissage scolaire sont capables de se prendre de passion pour des œuvres classées parmi les grands livres de notre patrimoine littéraire : la Bible, l’Odyssée, les grands mythes classiques, les contes de Grimm ou les œuvres de Jack London et de Jules Verne… » (p. 197).

Geneviève nous dit combien toutes ces rencontres ont été fécondes : « René Diatkine, Sarah Hirschman et Serge Boimare, ces hommes et ces femmes au cœur intelligent, pour reprendre l’expression de Hannah Arendt, m’ont, chacun à leur manière, beaucoup inspirée pour ce qui est au cœur même de mon métier… Ils partagent une même confiance: les rencontres que les bibliothèques proposent, peuvent contribuer à transformer les vies les plus difficiles en ouvrant par la lecture, des voies nouvelles… J’ai beaucoup reçu de ces personnes que j’admire pour leur humanité… Voilà ce qui a toujours animé mes interventions en France et dans le vaste monde, notamment dans les pays du Sud, là où des bibliothécaires souhaitent insuffler un esprit nouveau à leurs institutions (pp. 201-202).

EXPERIENCES DYNAMIQUES DANS LES PAYS DU SUD

Au long de cet itinéraire, Geneviève s’est ainsi rendu dans de nombreux pays du Sud qui ont fait appel à elle. Ce livre nous décrit ces nombreuses missions à l’étranger. Ces missions ont été à l’origine de belles rencontres. Parce qu’elle est entrée en sympathie avec ses interlocuteurs, Geneviève a beaucoup appris des expériences en cours aujourd’hui en Amérique latine, en Afrique, en Asie.

Dans un contexte de pauvreté et souvent d’injustice, Geneviève nous décrit une multitude d’expériences de terrain, riches en générosité et en humanité. « Ce qui me frappe, c’est l’imagination de ces passeurs, la diversité de ces petites unités de lecture parce qu’est prise en compte la diversité des personnes et des situations… Ainsi, à Guanajuato au Mexique, pour offrir le plaisir d’histoires racontées, Liliane n’hésite pas à utiliser les longs moments passés dans ces autocars brinquebalants qui font partie du paysage latino-américain. Et là elle raconte, elle montre des albums au fil des pages… A Mexico, une ou deux fois par semaine, en soirée, Nestor accueille chez lui parents, jeunes et enfants du quartier… L’espace de lecture, aménagé dans une pièce de sa maison, ouvre sur la rue…Ici, on raconte, on lit à haute voix des textes qui touchent, on échange des impressions. L’ambiance est joyeuse… Ailleurs encore, dans un jardin public de Jinotepe, au Nicaragua, entre balançoire et toboggan, il y a comme une sorte de petit abri, fait de bric et de broc, où des enfants s’arrêtent pour de longs moments de lecture. Ils peuvent s’installer à de petites tables. Le choix des livres est remarquable tout comme la concentration des enfants au milieu de l’agitation ambiante (pp. 248-250). « J’ai donc vu à l’œuvre ces modestes pionniers. J’ai admiré leur simplicité, leur goût de l’excellence, la rigueur de leur jugement. J’ai aimé  leur gaieté. Leur enthousiasme est contagieux. Ainsi naissent et se développent ici et là des initiatives qui font tache d’huile. Le travail en réseau est essentiel pour ces petites unités… » (p. 250).

Geneviève cite le grand éducateur brésilien : Paulo Freire : « Les hommes s’éduquent ensemble dans la transformation du monde ». « J’ai rencontré sur mon chemin des initiatives éclairées par le même esprit et dans des lieux pourtant différents. Les auteurs ont en commun le même désir de rejoindre les marges, de se rapprocher de ceux qui souvent ne sont pas reconnus par les instances éducatives et culturelles. Ils ont une haute idée de la lecture et des bibliothèques. Ils sont habités par un souci de justice qui les amène à porter beaucoup de leurs efforts sur les oubliés. Parce qu’ils s’en rapprochent et les écoutent, ils connaissent la richesse de ces personnes victimes d’exclusion et ils créent des espaces de rencontre où celles-ci peuvent pleinement trouver leur place et avoir voix au chapitre (p. 214). Il y a ainsi, dans ces pays du Sud, une chaleur humaine et une vitalité que l’on découvre à travers des récits de rencontres avec des personnes exceptionnelles.

« DONNEZ-NOUS DES LIVRES, DONNEZ-NOUS DES AILES »

Ce livre se déroule en de courts chapitres, couvrant chacun un thème précis : un épisode de vie, une rencontre, une activité, un livre, une question… au total plus de 130 séquences, des unités de lecture facilement accessibles. On peut lire telle ou telle d’entre elles. On peut également entrer dans le déroulé du livre et le lire de bout en bout. On y découvre un mouvement de rencontre en rencontre, de découverte en découverte. Ce livre nous ouvre un horizon. « La bibliothèque est une terre d’envol ». « Donnez-nous des livres, donnez-nous des ailes » selon la belle formule de Paul Hazard. Il y a là comme une source où l’on vient goûter cette eau vive de la lecture et de la rencontre, un lieu où chacun est reconnu et peut faire entendre sa voix, où l’on apprécie un vivre-ensemble singulier. Là, je suis témoin de l’éveil de l’enfant qui, à la faveur de ses découvertes, naît au monde et s’étonne, et j’ai le plaisir de partager cela avec ceux qui sont sensibles à l’esprit d’enfance » (p. 262).

fin


ENGLISH

PART 2

THESE MEN AND WOMEN WITH INTELLIGENT HEARTS

The influence of “Joy through Books” was manifest both in France and abroad.  Here again, fruitful encounters occurred. Geneviève tells us about the visit of Joseph Wresinski, which marked the start of a true collaboration with ATD-Quart Monde.  There was also a heuristic dialogue with the child psychiatrist René Diatkine, who “loved to recall the benefits of true encounters.  My meeting with him was a turning point. …  Our interests coincided:  to create everywhere we could those conditions that fostered access by everybody to reading, by privileging those who were usually remote from the world of writing … . A scholar and therapist, René Diatkine considerably enriched our practices because the seminars he led for us strengthened our taste for – and skill at – observation…  He taught us to observe and write, and not to neglect details that are the bearers of meaning.  Observation illuminates our practice.  It puts at the heart of our profession what is fundamental to it: mediation.”

Thanks to an encounter with Serge Boimare, we came back to the stories that have traveled through ages and can make a lasting impression.  “Serge Boimare recounted how children who were voluntarily refusing any school learning were capable of listening and being seized by a passion for works considered among the great books of our literary heritage:  the Bible, The Odyssey, the great classical myths, Grimm’s tales, and the books of Jack London and Jules Verne….”

Geneviève Patte explains how fertile all these encounters were:  “René Diatkine, Sarah Hirschman and Serge Boimare, these men and women with intelligent hearts (in Hannah Arendt’s phrase) – each inspired me about the heart of my profession … They shared the same confidence: the encounters offered by libraries may contribute to transforming the most difficult lives by opening up new avenues … I received much from these people whom I admire for their humanity… This has always animated my lectures in France and the world beyond, especially in countries of the South where librarians wish to breathe a new spirit into their institutions.”

DYNAMIC EXPERIENCES IN SOUTHERN COUNTRIES

Throughout her itinerary, Geneviève went to the many countries in the South that called upon her.  This book describes several such foreign missions, which were also the source of many fine encounters.  Because she was in sympathy with her interlocutors, Geneviève learned a lot from such experiences in Latin America, in Africa, and in Asia.

In contexts of poverty and often of injustice, she speaks of a multitude of field experiments that are rich in generosity and humanity. “What struck me was the imagination of these “passers-on”, the diversity of small reading units that took into account the diversity of readers and situations…  For example, in Guanajuato in Mexico, to offer the pleasure of stories being told aloud, Liliane did not hesitate to use the long periods spent in swaying buses that are part of the Latin- American landscape: as she was telling the stories, she showed the illustrations on the pages… Also, in Mexico, once or twice a week in the evening, Nestor welcome to his home neighborhood parents, youths and children … The reading space, arranged in a room of his house opens onto the street, and here, people read aloud texts that touch people and who exchange impressions. The ambiance is joyous…  Elsewhere, in a public garden in Jinotepe, Nicaragua, between the playground swing and the slide, there is a little shelter made of bits and pieces, where children can stop for long reading spells. They set up little tables.  The choice of books is remarkable, as is the concentration of the children amid the agitated surroundings.  “I saw the work of these modest pioneers. I admired their simplicity, their taste for excellence and the rigor of their judgment.  I loved their gaiety, and their enthusiasm was contagious. Thus, here and there were developed initiatives that spread quickly. Networking was essential for these small units… “

Geneviève cites the great Brazilian educator Paulo Freire: “People educate together in the transformation of the world.”  Along my path I encountered initiatives illuminated by the same spirit but that were located in very different places.  Their leaders shared the same desire to reach out to the margins, to get closer to those who were often not recognized by educational and cultural bodies. They had high expectations of reading and libraries. They were driven by a concern for justice that led them to spend much of their effort on the forgotten ones.  Because they got close to and listened to them, they knew the richness of people who are victims of exclusion; they created meeting spaces where these learners could fully find their place and have a civic voice.”  Thus in the Southern countries, there was a human warmth and vitality that is discovered through stories of encounters with exceptional persons.

‘GIVE US BOOKS, GIVE US WINGS,’

Patte’s book unfolds in short chapters, each covering a precise theme: an episode in her life, a meeting with someone new, an activity, a book, a question… overall more than 130 topics are easily accessible to the reader. One can read them in random order, or else follow the book from beginning to end as a movement from encounter to encounter, discovery to discovery.  This book opens a new horizon.  “The library is like a flight deck’. ‘Give us books, give us wings,’ in Paul Hazard’s beautiful phrase.  Or like a spring where one can taste the water of reading and encountering, a place where each person is recognized and can make her voice heard and come to appreciate a singular way of living together.  There, I can witness the awakening of a child, who thanks to her/his discoveries, is born into the astonishing world, and I have the pleasure of sharing that with those who are sensitive to the spirit of childhood.”

fin


ESPAÑOL

PARTE 2

ESOS HOMBRES Y MUJERES CON UN CORAZÓN INTELIGENTE

La influencia de «La Joie par les Livres» se hizo sentir tanto en Francia como en el extranjero. Y de nuevo se dieron fructíferos encuentros. Geneviève nos cuenta la visita de Joseph Wresinski, que marcó el comienzo de una colaboración con ATD-Cuarto Mundo (p. 135-136). También cuenta el diálogo heurístico que estableció con el psiquiatra infantil René Diatkine: “René Diatkine solía insistir en la importancia de los verdaderos encuentros, el mío con él fue decisivo … Nuestros intereses convergieron en torno a la misma inquietud: crear condiciones que favoreciesen el acceso de todos a la lectura, privilegiando aquellos que generalmente estaban alejados del mundo de lo escrito … (pág. 180). Investigador y terapeuta, Diatkine enriqueció enormemente nuestras prácticas, los seminarios que nos dictó fortalecieron nuestro gusto por la observación… Observen, escriban, no pasen por alto los detalles, estos siempre tienen sentido … La observación aclaraba y enriquecía nuestra práctica, porque situaba lo fundamental en el corazón de nuestro oficio: la mediación »(p. 185-186).

« Con Serge Boimare, volver a las historias que han atravesado siglos ». Aquí otro encuentro notable: « Serge Boimare cuenta cómo los niños que rechazaban voluntariamente cualquier educación escolar, eran capaces de apasionarse por grandes obras literarias: la Biblia, la Odisea, la Mitología clásica, los cuentos de Grimm o la obra de Jack London y Julio Verne … « (p. 197).

Geneviève nos cuenta cómo todos estos encuentros fueron fructíferos: « René Diatkine, Sarah Hirschman y Serge Boimare, estos hombres y mujeres con un corazón inteligente, para usar la expresión de Hannah Arendt, me inspiraron cada uno a su manera hacia aquello que ha estado en el centro de mi trabajo … Ellos comparten la confianza en que los encuentros que proponen las bibliotecas pueden contribuir a transformar vidas difíciles, abriendo. mediante la lectura, nuevas vías… Me aportaron mucho estas personas que admiro por su humanidad… Esto es lo que siempre ha animado mis intervenciones en Francia y en otras partes del mundo /../ en lugares donde los bibliotecarios han deseado dar nueva vida a sus instituciones (p. 201-202).

EXPERIENCIAS DINÁMICAS EN PAÍSES DEL SUR.

En su itinerario profesional Geneviève visitó varios países del sur que la solicitaron. Este libro describe sus numerosas visitas de trabajo que dieron origen a bellos encuentros. Porque lograba empatía con sus interlocutores, Geneviève llegaba a aprender mucho de estas experiencias en América Latina, África y Asia. En un contexto de pobreza y a menudo de injusticia, Geneviève describe una multitud de experiencias de campo, llenas de generosidad y de humanidad.

« Me impresiona la imaginación de estos mediadores, la diversidad de pequeñas unidades de lectura que tiene en cuenta la diversidad de personas y de situaciones … Así, en Guanajuato, México, para que lleguen las historias Liliana no duda en aprovechar el tiempo que la gente pasa en esos buses destartalados que hacen parte del panorama latinoamericano, allí ella cuenta, muestra los álbumes página a pagina … En la Ciudad de México, una o dos veces por semana, por la noche, Nestor recibe padres, jóvenes y niños del vecindario … La “sala de lectura” se organiza en una habitación de su casa que da a la calle … ahí se cuenta, se lee en voz alta textos que llegan a la gente, todos intercambian sus impresiones en un ambiente de alegría… En otro lugar, en un jardín público en Jinotepe, en Nicaragua, entre el columpio y el tobogán, hay una especie de pequeño refugio hechizo donde los niños pueden detenerse para largos momentos de lectura. Algunos se instalan en mesitas, la elección de los libros es notable, al igual que la concentración de los niños en medio de la agitación ambiente (p 248-250). « Vi a estos modestos pioneros en su trabajo. Admiré su simplicidad, su gusto por la excelencia, el rigor de sus reflexiones. Disfruté de su alegría y de su contagioso entusiasmo. Así nacen y se desarrollan -aquí y allá- este tipo de iniciativas que van haciendo camino. El trabajo en red es esencial para este pequeñas unidades… »(p 250).

Geneviève cita al gran educador brasileño Paulo Freire: “los hombres se educan entre sí en la transformación del mundo”[1]. « He encontrado allá iniciativas iluminadas por este mismo espíritu, aunque se den en lugares diferentes. Sus autores comparten el mismo deseo de unirse a los marginados, de acercarse a aquellos que a menudo no son reconocidos por los organismos educativos y culturales. Tienen muy en alto a la lectura y a las bibliotecas, porque los habita una preocupación por la justicia que los lleva a dirigir gran parte de sus esfuerzos hacia los olvidados. Debido a que se acercan a ellos y los escuchan, conocen la riqueza de estas personas excluidas y crean espacios de encuentro donde pueden encontrar un lugar y tener una voz (p. 214). Así, en estos países del Sur, Geneviéve describe una calidez humana y una vitalidad que uno descubre a través de historias y de encuentros con personas excepcionales.

« DENNOS LIBROS, DENNOS ALAS »

Este libro se desarrolla en capítulos cortos, cada uno sobre un tema específico: un episodio de vida, un encuentro, una actividad, un libro, una pregunta … en total más de 130 unidades de lectura de fácil acceso. Es posible leerlas por separado o en su orden, entrando así de principio a fin en el hilo del relato de este libro. Nos lleva en un movimiento de encuentro en encuentro, de descubrimiento en descubrimiento. Este libro nos abre un horizonte. « La biblioteca es un territorio de vuelos”: « dennos libros, dennos alas » según la bella fórmula de Paul Hazard. Hay ahí, en la biblioteca, como una fuente donde uno puede probar el agua viva de la lectura y de los encuentros, un lugar donde todos pueden ser reconocidos y pueden ser escuchados, donde se aprecia una singular manera de vivir juntos. En ella soy testigo del despertar del niño que, gracias a sus descubrimientos, nace al mundo y se asombra; allí tengo el placer de compartir todo esto con aquellos que son sensibles a la inteligencia y a la imaginación de los niños »(p 262).

fin


[1] Pedagogía del oprimido [1970], (Buenos Aires: Siglo XXI, 2008), 69 (Referencia del traductor).