PARTIE 1
Article de Jean Hassenforder à propos du livre de Geneviève Patte Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants (Paris : Les Arènes – L’École des loisirs, 2015)[1].
DE RENCONTRE EN RENCONTRE. L’HISTOIRE DE LA FEMME QUI A FAIT LIRE DES
MILLIONS D’ENFANTS
« Mais qu’est ce qui les fait lire comme ça ? ». Oui, il y a bien chez les enfants une puissance de vie qui s’exprime en terme d’exploration, de découverte et d’émerveillement. Et c’est pourquoi on doit tout simplement faciliter ce mouvement, laisser passer et encourager ce courant de vie. « Laissez les lire ! »[2] nous disait Geneviève Patte à travers le titre d’un livre précédent. Et, dans celui-ci, elle réitère ce message : « Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? » [3].
Comme Maria Montessori dans un autre contexte[4], c’est la reconnaissance de la puissance de vie qui s’exprime dans l’enfant. La communion intuitive et l’écoute nous permettent d’entrer dans cette réalité. L’observation et la réflexion nous aident à en saisir la pleine dimension. Et, pour tout cela, la relation est première. On peut redire ici les mots du philosophe Martin Buber : « Au commencement était la relation »[5]. En toute chose, mais combien cela est vrai ici… Et cette dynamique relationnelle apparaît comme première dans l’histoire de vie de Geneviève Patte telle qu’elle nous la présente dans ce livre. Cette histoire se déroule de rencontre en rencontre.
UNE FAMILLE OUVERTE AUX AUTRES,
OUVERTE A L’ETRANGER
Au départ, Geneviève nous parle de sa
famille, une famille résistante durant l’occupation, une famille ouverte aux
autres, ouverte à l’étranger. « J’étais bien petite, mais je me
rappelle la période de l’Exode à Poitiers. La famille était accueillante. Tous
les soirs, en mai-juin 1940, mes frères et sœurs ainés se rendaient à la gare
pour offrir l’hospitalité à ceux qui ne savaient pas où passer la nuit.
J’aimais alors les grandes tablées du matin où chacun se restaurait avant de
reprendre la route… » (p. 17).
Ouverture aux autres, ouverture aux
livres. « Je suis née et j’ai grandi dans une maison remplie de livres.
Mes parents lisaient beaucoup et prenaient le temps de nous lire et de nous
raconter des histoires. Il me suffisait d’aller frapper à la porte du bureau de
mon père pour qu’il interrompe ses recherches de paléontologie et m’accorde du
temps. Il sortait alors du tiroir de sa table de travail quelques albums
délicieux dont il me faisait lecture… Ces livres m’ont laissé une forte
impression… » (p. 13).
Au lycée, Geneviève a fréquenté « les classes nouvelles », créées à la Libération dans un état d’esprit pionnier. « On y privilégiait le travail en équipe, l’autodiscipline et les enquêtes dans la ville pour l’étude du milieu » (p. 21).
Bref, cet environnement familial et
scolaire a été un point de départ privilégié pour l’itinéraire pionnier de
Geneviève Patte dans la création de « la Joie par les Livres » et la
promotion des bibliothèques pour enfants.
DES RENCONTRES FONDATRICES, DE
« L’HEURE JOYEUSE » A « LA JOIE PAR LES LIVRES »
Mais cet avenir n’était pas écrit
d’avance ! Il est advenu à travers des rencontres fondatrices.
La première a été la découverte de « l’Heure joyeuse », une bibliothèque d’avant garde créée à Paris dans l’entre deux guerres à la suite des innovations américaines dans le domaine de la lecture enfantine. « A travers les fenêtres éclairées, je voyais un spectacle qui m’enchantait. Des enfants circulaient librement dans un monde de livres. Certains semblaient accaparés par leurs lectures. D’autres consultaient les fichiers. J’avais remarqué aussi la présence discrète et attentive de deux femmes. Elles conversaient en tête-à-tête avec des enfants. Tout cela me paraissait inhabituel. J’étais émerveillée… » (p. 23). Geneviève nous introduit ensuite dans la vie de cette bibliothèque exceptionnelle. Et c’est là qu’elle a pris la décision de devenir bibliothécaire.
Quelques années plus tard, ce fut le
début d’une aventure internationale qui allait se poursuivre ensuite tout au
long de cette histoire de vie. Geneviève Patte effectue un stage à la Bibliothèque
Internationale pour la Jeunesse à Munich. Et puis, dans cette ouverture
d’esprit qui est la sienne, elle se laisse interpeller par l’idée de se rendre
aux Etats-Unis où les bibliothèques pour enfants sont florissantes.
« C’est une décision difficile. A cette époque, New-York est une ville
lointaine. On n’y va pas en quelques heures. Le voyage est une véritable
aventure… Finalement, je me laisse convaincre. Par chance, à Poitiers, je
rencontre un couple américain particulièrement ouvert… » (p. 43). Ces amis
vont l’aider à réaliser ce voyage. Geneviève obtient une bourse Fulbright et
travaille à la « New York Public Library ».
LA LIBERTE POUR CREER
De retour en France, une autre rencontre va ouvrir à Geneviève un champ pionnier : la création et le développement de la bibliothèque : « La Joie par les Livres » à Clamart. C’est la rencontre avec Anne Schlumberger, la mécène de l’association, qui va permettre cette réalisation. « Qui donc est la femme généreuse qui permet cette aventure ? Elle s’appelle Anne Gruner Schlumberger. Elle appartient à une famille de grands industriels protestants d’Alsace, mais aussi d’hommes de lettres et de découvreurs de génie. Sa famille est bien connue dans le monde entier pour ses actions de mécénat exceptionnelles de générosité et d’intelligence… Cependant, sa volonté d’offrir une bibliothèque d’exception à l’intention des enfants et des familles suscite de fortes réticences en France, dans le monde des bibliothèques… Pourtant, pour Anne Schlumberger, il ne s’agit pas d’un coup de tête. C’est une décision longuement murie… » (pp. 68-69). Malgré les oppositions ambiantes, Geneviève et une petite équipe ont accepté d’entrer dans ce qui a été au départ une aventure, une manifestation extraordinaire de créativité. « Fallait-il donc que nous ayons un courage à toute épreuve ou une incroyable naïveté pour nous lancer dans l’aventure de Clamart ? Nous devinions en fait que ce que nous offrait Anne Schlumberger était unique : la confiance et la liberté pour innover et pour rechercher l’excellence… D’emblée, j’ai aimé l’exigence et l’enthousiasme de la petite équipe. Nous étions liées par une conviction commune et nous aimions travailler ensemble… Anne nous a donné toute liberté pour mettre en place un projet qui ainsi a pu se développer de manière naturelle, à la fois cohérente et solide… Notre désir était clair : révéler aux enfants ce que peut leur apporter une bibliothèque pensée pour eux, un lieu qui leur permette de connaître la joie de lire et de vivre là une part de leur enfance, d’en être en quelque sorte les acteurs ; tout cela dans un contexte de relations simples et naturelles avec des adultes… » (pp. 74-76). Geneviève nous décrit cette bibliothèque pionnière qui est devenue un lieu attirant et rayonnant.
à suivre
[1] Paru
originellement dans le Blog “Vivre et espérer”, animé par Jean Hassenforder. http://vivreetesperer.com/de-rencontre-en-rencontre-lhistoire-de-la-femme-qui-a-fait-lire-des-millions-denfants/
[2] Patte
(Geneviève). Laissez-les lire !
Mission lecture. Gallimard, 2012. Mise en perspective sur ce blog :
« Laissez-les lire. Une dynamique relationnelle et éducative » :
http://www.vivreetesperer.com/?p=523
[3] Patte
(Geneviève). Mais qu’est-ce qui les fait
lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions
d’enfants. Les arènes. L’école des loisirs, 2015
[4] Montessori
(Maria). L’enfant. Desclée de
Brouwer, 1936. Maria Montessori met en lumière le potentiel de l’enfant et elle
le décrit en terme « d’embryon spirituel ». Sur ce blog,
l’article : « L’enfant, un être spirituel » : http://www.vivreetesperer.com/?p=340
Maria Montessori
est une des grandes figures pionnières du courant de l’éducation nouvelle qui
se poursuit aujourd’hui dans d’autres formes. Sur ce blog :
« Et si nous éduquions nos enfants à la joie ? Pour un printemps de
l’éducation ! » : http://www.vivreetesperer.com/?p=1872
[5] « L’« essence »
de la création dans l’Esprit est par conséquent la « collaboration »
et les structures manifestent la présence de l’Esprit dans la mesure où elles
font reconnaître l’« accord général ». « Au commencement était
la relation (Martin Buber) » (Jürgen Moltmann, Dieu dans la création. Seuil, 1988 (p.25).
ENGLISH
PART 1
Article by Jean Hassenforder on Geneviève Patte’s book Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants (Paris : Les Arènes – L’École des loisirs, 2015)[1].
THE STORY OF GENEVIÈVE PATTE, WHO GOT
MILLIONS OF CHILDREN TO READ
“But
what makes them read like that?” Among children there is a living force that is
expressed in terms of exploration, discovery, and amazement. This is why we
should simply facilitate this desire, enabling it to emerge and then
encouraging it. “Let them read!”[2]
was the title of Geneviève Patte’s previous book. In this one she asks, “But what makes them read like that?”[3]
As
Maria Montessori said in another
context,[4]
a power of life is expressed in the child.
Intuitive communion and listening enable us to enter into this reality;
observation and reflection help us to grasp its full dimension. For all that to happen, relation is primary.
In the words of the philosopher Martin
Buber: “In the beginning was the relation.”[5] And this relational dynamic appears prime in
the life story of Geneviève Patte,
whose story unfolds from encounter to encounter.
A
FAMILY OPEN TO OTHERS, OPEN TO STRANGERS
In
the beginning, Geneviève speaks about her family who resisted during the Occupation, a family that was open to
others, open to the stranger. “I
was quite young, but I remember the period of the exodus from Paris to
Poitiers. Our family was welcoming.
Every evening in May and June of 1940, my older brothers and sisters
went to the train station to offer hospitality to those who did not know where
to spend the night. At the time I loved
the extended morning table where each person could have breakfast before
continuing their road”(p.17).
Openness
to others, openness to books. “I was
born and grew up in a household full of books. My parents read a lot and took
the time to read to us and to tell us stories. It was enough for me to knock on
the door of my father’s office for him to interrupt his research in
paleontology and give me some of his time. He would take out of the drawers of
his worktable some delicious illustrated book that he read to me. These books
made a strong impression…”(p.13).
In
high school, Geneviève attended “new classes” of a pioneering spirit that were
created after the Liberation. “They
privileged teamwork, self-discipline, and reports made in the city to ‘study
the milieu’ (p.21)”. In short, this family and school environment were the
privileged point of departure for Geneviève Patte’s pioneering itinerary in the
creation of “Joy through Books” and the promotion of libraries for children.
FUNDAMENTAL
ENCOUNTERS, FROM “L’HEURE JOYEUSE” TO “LA JOIE PAR LES LIVRES”
This
future was not written in advance, but occurred through fundamental
encounters! The first was the discovery
of “l’Heure Joyeuse”, an
avant-garde library created in Paris between the wars that was influenced by
American innovations in the realm of childhood reading. “Through lit windows, I
saw a spectacle that enchanted me:
children circulated freely in a world of books; some seemed engrossed by
their reading; others consulted file cards.
I also noticed the discrete and attentive presence of two women. They spoke one-on-one with the children. All
of this appeared unusual to me. I
marveled … “(p 23). This exceptional library made her take the decision to
become a librarian.
A
few years later began an international adventure that would be pursued
throughout her life. Geneviève Patte received a scholarship to work at the International Youth Library in Munich. And then she considered going to the United
States, where libraries for children were flourishing. “This was a difficult
decision. At the time, New York was a faraway city. You did not go in a few hours; the voyage
would be a real adventure… Finally, I let myself be convinced. By chance, in Poitiers, I met an American
couple that was particularly open-minded…” With these friends’ help, she
obtained a Fulbright fellowship for two years to work at the New York Public Library.
FREE
FOR CREATING
Returning
to France, another meeting introduced Geneviève Patte to a pioneering field:
the creation and development of the “Joy through Books” library in the Paris working-class suburb of Clamart.
A meeting with Anne Schlumberger, who
became the association’s patron, allowed her to realize this project. “Who is the generous woman who enabled this
adventure? Her name is Anne Gruner
Schlumberger. She belongs to a family of important Protestant industrialists,
people of letters, and inventors from Alsace.
Her family is well-known throughout the world for its exceptionally
intelligent and generous sponsorship… However, her desire to offer an
exceptional library designed for children and families was viewed askance in the
French library world… Yet for Anne
Schlumberger this was not a whim, but a carefully pondered decision … “
Despite the opposition, Geneviève and a small team agreed to launch what was at
first an adventure, an extraordinary manifestation of creativity. “Was it courage in the face of any ordeal or
else incredible naivety for us to launch this enterprise? We suspected in fact that what Anne
Schlumberger was offering us was unique: the confidence and freedom to innovate
and to search for excellence… From the start, I loved the high standards and
enthusiasm of the small team. We were linked by a common conviction and we
loved working together … Anne had given us total freedom to set up a project
that was able to develop in a natural way, both coherent and solid… Our
goal was clear: to reveal to children what a library conceived for them could
offer, a place that would let them know the joy of reading and experience a
part of their childhood there, to be real actors in it – all in a context
of simple and natural relations with adults.” Geneviève describes how
this pioneering library became a magnetic and influential place.
(à suivre)
[1] Originally published in the Blog « vivre et esperer », hosted by Jean Hassenforder. http://vivreetesperer.com/de-rencontre-en-rencontre-lhistoire-de-la-femme-qui-a-fait-lire-des-millions-denfants/
[2] Geneviève
Patte, “Laissez-les lire! Mission lecture” (Paris:
Gallimard, 2012). See the blog http://www.vivreetesperer.com/?p=523
[3] Geneviève
Patte, “Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça? L’histoire de la femme qui a
fait lire des millions d’enfants,” Les
arènes. L’école
des loisirs, 2015.
[4] Maria Montessori,
The Discovery of the Child,
Ballantine Books, 1986.
[5] The “essence” of creation in the Spirit is consequently “collaboration”
and the structures manifest the presence of the Spirit inasmuch as they make us
recognize the ‘general accord’. “In the beginning was the relation (Martin
Buber)” in Jürgen Moltmann, God in
Creation (Gifford Lectures 1984-5) Fortress Press, 1993.
ESPAÑOL
PARTE 1
Artículo de Jean Hassenforder à propósito del libro de Geneviève Patte Mais qu’est-ce qui les fait lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions d’enfants (Paris : Les Arènes – L’École des loisirs, 2015) [2]
DE ENCUENTRO EN ENCUENTRO. LA HISTORIA DE LA MUJER QUE HA HECHO LEER A MILLONES DE NIÑOS
¿Pero qué los hace leer así? Sí, hay en los niños un poder de vida que se
expresa en términos de exploración, descubrimiento y maravilla. Es por eso que
debemos facilitar este movimiento, dejar que fluya y alentar esta corriente de
vida. ¡Déjenlos leer![3] nos dijo Geneviève Patte a
través del título de un libro anterior. En este que presentamos ella reitera
este mensaje: ¿Pero qué los hace leer así?[4].
Al igual que María Montessori
en otro contexto[5], también aquí se trata del
reconocimiento de la fuerza de la vida que se expresa en el niño. La comunión
intuitiva y la escucha nos permiten adentrarnos en esta realidad. La
observación y la reflexión nos ayudan a captar su dimensión completa. Y por
todo eso, la relación es lo primero. Aquí podemos repetir las palabras del
filósofo Martin Buber: « Al principio era la relación »[6]. En todas las cosas, pero
cuán cierto es aquí … Y esta dinámica relacional aparece como la primera en
la historia de la vida de Geneviève Patte tal como la presenta en este libro.
Esta historia ocurre de encuentro en encuentro.
UNA FAMILIA
ABIERTA A LOS DEMÁS, ABIERTA AL EXTERIOR.
Inicialmente, Geneviève nos cuenta sobre su familia, una familia resistente durante la ocupación, una familia abierta a los demás, abierta al extranjero. « Era muy pequeña, pero recuerdo el período del éxodo en Poitiers[7]. La familia era solidaria. Cada noche, en mayo-junio de 1940, mis hermanos y hermanas mayores iban a la estación para ofrecer hospitalidad a aquellos que no sabían dónde pasar la noche. Recuerdo que me encantaban las largas mesas donde en la mañana cada uno retomaba fuerzas antes de seguir el camino … « (p. 17).
Apertura a los demás, apertura a los libros. “Nací y crecí en una casa llena de libros. Mis padres leían mucho y se tomaron el tiempo de leernos y de contarnos historias. Me bastaba con llamar a la puerta del estudio de mi padre para que interrumpiera su investigación de paleontología y me dedicara tiempo. Sacaba del cajón de su escritorio algunos álbumes deliciosos que me leía… Estos libros me dejaron huella… « (p. 13).
En la escuela secundaria, Geneviève asistió a « las nuevas clases », creadas después de la Liberación con un pensamiento pionero: « se privilegiaba el trabajo en equipo, la autodisciplina y en las pesquisas locales para un estudio del propio medio« (p 21).
En resumen, este entorno familiar y escolar fue un punto de
partida privilegiado para el itinerario pionero de Geneviève Patte en la
creación de « La Joie par les
Livres » y la
promoción de bibliotecas infantiles ¡Pero este futuro no estaba escrito de
antemano! Fue llegando a través de encuentros fundadores.
ENCUENTROS
FUNDADORES: DE « L’HEURE JOYEUSE » HASTA
« LA JOIE PAR LES
LIVRES « .
El primero fue el descubrimiento de « L’Heure Joyeuse« , una biblioteca vanguardista creada en París en el período de entreguerras como resultado de las innovaciones estadounidenses en el campo de la lectura infantil. « A través de claras ventanas vi una escena que me encantó. Los niños circulaban libremente en un mundo de libros, algunos parecían ocupados con sus lecturas, otros consultaban los ficheros. También noté la presencia discreta y atenta de dos mujeres. Conversaban cara a cara con los niños. Todo esto me parecía inusual. Estaba maravillada… « (p 23). Geneviève nos transporta a la vida de esta biblioteca excepcional donde tomó la decisión de convertirse en bibliotecaria.
Años más tarde, se trato del comienzo de una aventura
internacional que luego continuaría a lo largo de su historia de vida.
Geneviève Patte estaba haciendo una pasantía en la Biblioteca Internacional
para la Juventud en Munich, de ahí, con
esta mentalidad abierta que es suya, le llega la idea de ir a los
Estados Unidos donde florecían las bibliotecas para niños. « Era una
decisión difícil. En esa época Nueva York era una ciudad distante, no se
llegaba en unas horas. El viaje era una verdadera aventura… Finalmente, me
dejé convencer. Por fortuna, en Poitiers, encontré un matrimonio de estadounidense… « (p 43). Estos amigos la ayudaron a
preparar este viaje. Geneviève obtiene una beca Fulbright y trabaja en la New York Public Library.
LA LIBERTAD DE
CREAR
De vuelta en Francia, otro encuentro le permitirá a Geneviève abrir un camino pionero: la creación y el desarrollo de la biblioteca: «La Joie par les Livres» en Clamart. Fue el encuentro con Anne Schlumberger, la mecenas de esta asociación, la que permitirá este logro. « ¿Quién es la mujer generosa que permite esta aventura? Su nombre es Anne Gruner Schlumberger. Pertenece a una familia de grandes industriales protestantes de Alsacia, pero también de intelectuales e inventores de ingenio. Su familia es bien conocida en todo el mundo por sus acciones filantrópicas generosas y de gran inteligencia … Sin embargo, su deseo de ofrecer una biblioteca de excepción para niños y familias suscitaba fuertes reticencia en Francia, en el mundo de las bibliotecas … No obstante, para Anne Schlumberger no se trataba de una idea entre otras, sino de una decisión largamente pensada y madurada … « (p. 68-69). A pesar del medio adverso, Geneviève y un pequeño equipo aceptan entrar en lo que originalmente era una aventura, una extraordinaria manifestación de creatividad. « ¿Fue necesario entonces tener un coraje infalible o una ingenuidad increíble para embarcarnos en la aventura de Clamart? Intuíamos que lo que Anne Schlumberger nos ofrecía era único: confianza y libertad para innovar y para buscar la excelencia … Desde el principio aprecié la exigencia de calidad y el entusiasmo de nuestro pequeño grupo de trabajo. Estábamos unidos por una convicción común y nos gustaba trabajar juntos … Anne nos dio toda la libertad para establecer un proyecto que pudiera desarrollarse de manera natural, un proyecto solido y coherente … Nuestro deseo era claro: mostrar a los niños lo que puede ofrecerles una biblioteca pensada para ellos, un lugar que les permitiera conocer la alegría de leer y de vivir allí una parte de su infancia, de ser también ellos actores; todo esto en un contexto de relaciones simples y naturales con los adultos … « (p. 74-76). En su libro, Geneviève nos describe esta biblioteca pionera que se convirtió en un lugar cautivante y radiante.
à suivre
[2] Este artículo apareció originalmente en el Blog “Vivre et esperer”, coordinado por el investigador francés Jean Hassenforder. http://vivreetesperer.com/de-rencontre-en-rencontre-lhistoire-de-la-femme-qui-a-fait-lire-des-millions-denfants/
[3] Patte
(Geneviève). Laissez-les lire !
Mission lecture (Paris : Gallimard, 2012). Una puesta en perspectiva de este
libro en: « Laissez-les lire. Une dynamique relationnelle et
éducative » : http://www.vivreetesperer.com/?p=523.
[4] Patte
(Geneviève). Mais qu’est-ce qui les fait
lire comme ça ? L’histoire de la femme qui a fait lire des millions
d’enfants (Paris: Les arènes. L’école des loisirs, 2015).
[5] Montessori
(Maria). L’enfant (Paris: Desclée de
Brouwer, 1936).
María Montessori aclara
sobre el potencial de los niños y lo describe en términos de « embrión
espiritual ». Ver el artículo « L’enfant, un être
spirituel » : http://www.vivreetesperer.com/?p=340. María Montessori es una
de las figuras pioneras de la corriente de Nueva Educación que hoy se continua
desarrollando en diferentes formas. Ver « Et si nous éduquions nos enfants
à la joie ? Pour un printemps de l’éducation ! » : http://www.vivreetesperer.com/?p=1872
[6] « Au
commencement était la relation (Martin Buber) » (Jürgen Moltmann, Dieu
dans la création. Paris : Seuil, 1988), 25.
[7] Nota de traducción. El 14 de junio 1940 las tropas alemanas desfilaron en Paris; el 20 ya estaban en Brest, el 22 en La Rochelle, en Lyon… el gobierno se replegó en Bordeaux. Este movimiento se ha llamado el éxodo hacia el sur.